Posted by - Twim’O !
-
on - Aug 22 -
Filed in - Rénovation, Construction et Bricolage -
-
11 Views - 0 Comments - 0 Likes - 0 Reviews

Sur les trottoirs parisiens, la chute précoce des feuilles donne déjà aux rues des airs d’automne. Ce phénomène constitue un mécanisme de protection permettant aux arbres de limiter les conséquences des fortes chaleurs et du manque d’eau.
« Les feuilles par terre, c’est la conséquence des coups de chaleur de ces derniers mois. L’arbre se met en repos, en protection », explique Amaury Pollet, l’un des responsables du pôle sylvicole de la Ville de Paris.
Sur le boulevard des Batignolles, dans l’ouest parisien, les trois essences présentes — micocoulier de Provence, tilleuls et ormes — sont néanmoins « en très bonne santé », rassure-t-il. Cette chute des feuilles serait une « réaction naturelle » aux épisodes de canicule et de sécheresse, l’arbre étant « très résilient ».
En cette journée ensoleillée d’août, les arbres du boulevard restent d’ailleurs largement couverts de feuilles vertes et continuent d’offrir de l’ombre aux piétons.
« Les arbres supportent relativement bien les canicules. Mais lorsque la canicule se double d’une sécheresse, à ce moment-là, il n’y a plus d’eau, et l’arbre adopte une stratégie de survie », souligne Serge Muller, professeur émérite du Muséum national d’histoire naturelle.
La transpiration des arbres contribue normalement à abaisser la température de leurs feuilles. Lorsque l’eau vient à manquer, leur chute anticipée permet de protéger l’arbre contre des dommages plus importants.
« Les arbres transpirent de l’eau et cette transpiration abaisse la température des feuilles. Les feuilles tombent avant que le stress imposé par la sécheresse fasse subir des dégâts irréparables à l’arbre », complète Bastien Castagneyrol, chercheur à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).
Selon les deux experts, il faudra attendre le printemps prochain pour mesurer les conséquences réelles de ces épisodes climatiques. Bastien Castagneyrol estime qu’« on ne va pas avoir des arbres qui vont mourir en masse à cause d’un épisode de sécheresse », mais redoute « un affaiblissement progressif » si ces phénomènes se répètent.
Toutes les espèces ne réagissent toutefois pas de la même manière. Certaines sont particulièrement vulnérables à la sécheresse, tandis que d’autres, comme les platanes, résistent mieux.
« Un platane a l’habitude de ces coups de chaleur, va perdre ses feuilles et va se régénérer très facilement, comme un érable de Montpellier », explique Laurent Chadirac, expert au sein du service de l’arbre et des bois de la Ville de Paris.
Les platanes représentent environ 35% des alignements parisiens, alors que plus de 800 essences d’arbres sont répertoriées dans la capitale.
Pour mieux adapter son patrimoine arboré au changement climatique, la Ville de Paris a accéléré la diversification des espèces, en privilégiant lorsque cela est possible des essences régionales ou indigènes favorables à la biodiversité.
Sur la place Prosper-Goubaux, dans le 17e arrondissement, un charme commun présente ainsi des traces de stress hydrique. Laurent Chadirac montre le brunissement progressif de ses feuilles vertes, l’un des signes de leur dégradation.
La Ville a décidé il y a quelques années de remplacer progressivement cette essence plutôt forestière par le charme-houblon, jugé plus résilient et davantage capable de résister au stress hydrique et à la chaleur.
Ce nouvel arbre, d’origine plus méridionale, a été équipé d’une sonde tensiométrique installée dans le sol. Celle-ci permet d’évaluer ses besoins en eau et d’extrapoler les résultats aux autres arbres de la même essence.
Depuis les épisodes de fortes chaleurs, les riverains se préoccupent également davantage de la santé des arbres et notamment de l’arrosage des jeunes plantations pendant leurs trois premières années, constate la Ville de Paris.
« De manière générale, les municipalités utilisent la diversité des arbres comme étant un facteur de résistance et de résilience à des épisodes climatiques extrêmes », explique Bastien Castagneyrol.
Au cours des dix dernières années, la Ville de Paris indique avoir planté 170.000 arbres. Elle met notamment en avant leur capacité à absorber le CO2, à améliorer la qualité de l’air et à rafraîchir l’espace urbain.
Rue de Naples, dans le 8e arrondissement, deux essences de petits arbres originaires d’Asie, un Parrotia persica et un Koelreuteria paniculata, ont été plantées sur des bandes végétalisées. Selon Amaury Pollet, l’ensemble se porte plutôt bien.
Serge Muller rappelle qu’en milieu urbain, les températures sont plus élevées que dans les forêts. Le chercheur plaide donc pour l’utilisation d’essences exotiques adaptées, provenant notamment des régions méditerranéennes, d’Asie ou d’Amérique.
Cette stratégie est déjà « plus ou moins » adoptée par la Ville de Paris et d’autres municipalités, reconnaît-il, tout en estimant qu’elles pourraient aller davantage dans cette direction.